Lyssandre

Acrobate Assassin

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-Lyssandre ! Avance-toi !
-Oui, maître.

Je me mis en position, les genoux pliés, dos courbés, l’équilibre assuré quel que soit l’assaut de mon ennemi désigné : Eniv.
L’anxiété dans son regard est certainement un miroir de celle que je ressentis à cet instant. Tendue, Frémissante, je n’osais faire le premier pas. Nous tournions, sautions, d’une branche à une autre, jaugions les distances, de coups d’œils rapides vérifiions les différentes stratégies proposées par une nouvelle position.
Je sentais les yeux de tout le Musée sur mon dos, ils guettaient dans un silence terrifiant, dans l’attente d’un combat qui promettait d’être splendide, celui entre les amis les plus inséparables de l’Arbre.

Eniv fit le premier geste, brandissant telle une lance une branche avec assez d’ardeur pour que je détourne mon attention de sa main qui à cet instant lança sa feuille.
Premier sang.
Je devais me ressaisir. Je ne sentais mon pouls dans la plaie profonde de mon bras et comptai. Plus que deux feuilles.
Il abattait ses cartes trop vite.

Je bondis, mais alors qu’il s’attendait à me réceptionner je grimpai, de plus en plus haut, dans l’ambition de disparaître à sa vue. J’avais toujours été plus rapide que lui, il le savait, et je sentis la peur l’envahir. Les regards essayaient de me suivre, je vis mes camarades se pencher à l’oreille de leur voisin pour tenter de savoir ensemble où je me trouvais. Seul Soufflevif m’étudiait attentivement de ses petits yeux sévères.

Mon frère devenu mon adversaire commença à chercher. Il fit mine de bouger puis courba le dos dans la position de la tortue.
Je me laissai chuter. Et alors que je devrais brandir mon arme devant moi pour transpercer mon rival, je ne fis que l’assommer. Il tomba lourdement de branche en branche, sac de chair qui se laissait déchirer par l’écorce rude.
J’aurais aimé bondir pour l’empêcher de s’écraser à des centaines de mètres plus bas mais le regard sévère du maître Soufflevif me retint.
J’avais désobéi aux règles. J’avais triché.

Triché en ne le tuant pas.
A treize ans, même après avoir fréquenté la mort au quotidien dans mon enseignement, je n’étais pas prête à assumer les conséquences de mes actes.

C’est à cet instant que commença la Fuite.

Je ne pouvais accepter le fanatisme des Acrobates Assassins. Tuer celui qui avait été enrôlé en même temps que moi, du même âge que moi, avec qui j’ai partagé mon hamac… je n’avais pu m’y résoudre.

Je ne sais toujours pas s’il est mort dans cette chute dont je me souviens surtout des milliers de craquements, ce chœur d’os et de branches brisées qui continue à hanter mes cauchemars. Ce que je sais c’est que s’il n’a pu fuir, comme moi, il a certainement été tué par Feelan, le ‘nettoyeur’ des apprentis les moins doués.


L’essoufflement me déchirait les poumons. Je courais depuis des heures sans oser m’arrêter. Je savais que les membres de la Guilde étaient là, derrière et la plupart d’entre eux étaient bien plus rapides que moi.
L’effroi me poussait au delà de ma fatigue, le chagrin de la perte d’un frère me fit dépasser mes limites physiques. Ce fut le première fois que je mis réellement en application les talents appris au Musée. Mon agilité avait été mise durement à l’épreuve, s’accrocher, bondir sur des branches inconnues après avoir passé ma vie sur l’arbre monde sans en sortir… tout semblait dangereux, glissant, comme si les arbres refusaient de me porter, outragés par mon culot.

Personne ne fuit les acrobates assassins. Personne ne peut refuser leur enseignement et rester en vie ensuite.
La mort était à mes trousses. Et je savais que le seul moyen de la semer était en sortant de la forêt. J’étais terrorisée à l’idée de perdre de vue la végétation, de ne plus ne être entourée. Mais je savais que cette peur serait partagée par mes poursuivants, qu’ils hésiteraient, ne serais-ce que quelques secondes, à me hanter dans les plaines infinies des Marches Modéennes. Quelques secondes qui pourraient assurer ma fuite.

Lyssandre

Agone, éclats sanglants Kirmaezys